Francis Montillaud | Faux Fini : Le Reflet

Du 3 décembre 2010 au 22 janvier 2011 | From December 3, 2010 to January 22, 2011

*An English translation will follow

Le projet Faux Fini émane d’une élaboration de procédés narratifs développés à partir d’une leçon d’anglais. Un récit a été créé par le montage d’extraits sonores provenant des voix de trois acteurs, soit le maître et ses deux élèves, plus précisément une fille et un garçon. À travers ces voix, j’ai voulu faire émerger des états émotionnels − la joie, la tristesse, la dépression et la colère, en exploitant des thèmes précis : l’argent, le succès, la consommation, la culture de masse, le spectacle, les rapports de pouvoir et la violence. Par ces manipulations sonores, un univers spectaculaire à été conçu, inspiré des modes de fonctionnement du divertissement, de la propagande et du travestissement.

Ainsi, trois personnages portant des masques et des costumes incarnent les voix. Pour la conception de chaque personnage, j’ai observé quelques clichés télévisuels à travers l’histoire : le maître, autoritaire et manipulateur, porte la moustache ainsi qu’un sérieux veston-cravate et un chapeau d’un gris classique; le garçon, surpris et confus, arbore un nœud papillon coloré; et la fille, troublée, se cache derrière épaisse couche de maquillage, une jolie perruque blonde, et porte une rose rouge dans les cheveux.

Au cœur de l’installation, un dispositif de rétoprojection offre à voir le reflet de ce triangle dramatique. Il s’agit de trois écrans translucides dans lesquels sont figées les empreintes de chacun des personnages. Leur image instable projetée à l’intérieur de leur propre silhouette devient telle une icône maladroite essayant de rester en place. Cette lutte pour immobiliser l’image en mouvement amène un parallèle avec la projection identitaire et l’instabilité émotive des personnages. À l’instar des photographies judiciaires et de la physiognomonie, les personnages sont prisonniers de leur position, et leurs corps offerts en sacrifice à un spectacle lumineux.

Explorant les frontières de l’installation, de la vidéo, de la sculpture et du théâtre, Francis Montillaud questionne la porosité de ces disciplines, se jouant de leurs codes et de leurs registres afin d’explorer la manière dont elles se façonnent mutuellement. Allégorie ultime de la mise en scène du quotidien, la figure humaine est le motif central de cette recherche qui s’intéresse à la fois à la forme et au fond.

Parfois irrévérencieuses, souvent ironiques, ses interventions artistiques empruntent aussi bien à la statuaire classique ses canons stylistiques convenus qu’à l’effet de distanciation dans le théâtre où le processus d’identification des spectateurs aux personnages est perturbé par l’absurde et l’étrange. Son intention est de révéler par la parodie et l’emprunt l’artificialité de toutes représentations, tant sociales qu’artistiques. Il s’attarde ainsi à décortiquer les attitudes, les gestes et les expressions déviantes afin d’y puiser des éléments à même de fragiliser la bienséance et les règles du savoir-vivre qui régulent et maintiennent des structures hiérarchiques sociales. La grimace, la caricature ou l’usage clownesque du masque deviennent alors une façon de renverser les rapports de force en célébrant la démocratisation du portrait et l’apologie du geste populaire.


The Faux Fini project stems from narrative processes developed from an English lesson. A story was created by editing sound clips from the voices of three actors: the teacher and his two students, specifically a girl and a boy. Through these voices, I wanted to bring out emotional states—joy, sadness, depression, and anger—by exploring specific themes: money, success, consumption, mass culture, spectacle, power relations, and violence. Through these sound manipulations, a spectacular universe was created, inspired by the modes of entertainment, propaganda, and disguise.

Three characters wearing masks and costumes embody the voices. To design each character, I looked at a few television clichés throughout history: the master, authoritarian and manipulative, wears a mustache, a serious suit and tie, and a classic gray hat; the boy, surprised and confused, wears a colorful bow tie; and the girl, troubled, hides behind a thick layer of makeup, a pretty blonde wig, and wears a red rose in her hair.

At the heart of the installation, a rear projection device displays the reflection of this dramatic triangle. It consists of three translucent screens in which the imprints of each of the characters are frozen. Their unstable image, projected inside their own silhouette, becomes like a clumsy icon trying to stay in place. This struggle to immobilize the moving image draws a parallel with the characters' projection of identity and emotional instability. Like forensic photographs and physiognomy, the characters are prisoners of their position, their bodies sacrificed to a luminous spectacle.

Exploring the boundaries of installation, video, sculpture, and theater, Francis Montillaud questions the porosity of these disciplines, playing with their codes and registers in order to explore how they shape each other. The ultimate allegory of the staging of everyday life, the human figure is the central motif of this research, which focuses on both form and content.

Sometimes irreverent, often ironic, his artistic interventions borrow as much from the conventional stylistic canons of classical statuary as they do from the distancing effect in theater, where the process of identification between spectators and characters is disrupted by the absurd and the strange. His intention is to reveal, through parody and borrowing, the artificiality of all representations, both social and artistic. He thus takes the time to dissect deviant attitudes, gestures, and expressions in order to draw from them elements that undermine the propriety and rules of etiquette that regulate and maintain social hierarchical structures. Grimaces, caricatures, and the clownish use of masks thus become a way of overturning power relations by celebrating the democratization of portraiture and the glorification of popular gestures.

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