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Judith Bellavance | Le goût de la durée

Le goût de la durée

Judith Bellavance | Le goût de la durée

15 septembre – 7 novembre 2020

Vernissage : mardi 15 septembre 2020, dès 16h00

La galerie étant fermée en raison des mesures sanitaires actuellement en vigueur, nous vous convions à découvrir les expositions en cours par le biais de capsules vidéo. Nous commençons ce programme avec l’exposition de Judith Bellavance, intitulée Le goût de la durée.

Lien vers la vidéo

Le goût de la durée a germé alors que je vivais ma première expérience en tant que thanatopracteure à Gaspé en 2018. Je me suis rendue à Douglastown pour aménager le sous-sol de l’église selon les dernières volontés d’une défunte qui désirait être exposée dans son patelin. Interpellée par la polyvalence et l’aspect de ce vaste sous-sol servant de salle communautaire, j’y ai repéré des indices révélateurs des multiples fonctions attribuées à ce lieu et j’ai décidé d’y réaliser un « récit photographique. Je suis retournée à Douglastown à l’automne 2019 avec l’objectif de collecter ces indices en privilégiant ce point de vue qui caractérise mon travail photographique et d’utiliser ce matériel pour « raconter » une histoire inspirée, vivante et singulière. 

De nouveaux arrivants (annuels et saisonniers) viennent s’établirent en Gaspésie et teintent leur région d’accueil d’habitudes et de cultures diverses. À Douglastown, ces rencontres entre tradition et innovation, héritage et modernité, dépaysement et familiarité sont palpables. De nouveaux rites, de nouvelles pratiques socioculturelles et économiques s’y implantent, s’entremêlant à un patrimoine culturel présent et hétérogène. En investissant ce sous-sol d’église, en le prégnant d’un sentiment d’appartenance palpable, cette communauté exprime son identité. C’est précisément cette volonté qui m’intéresse. J’ai relevé les traces d’activités collectives et de grégarité auxquels on s’y est livré pour que persiste le sentiment d’appartenance. 

Je me suis donc lancée sur les traces de certains rites et coutumes propres à la localité de Douglastown. Avec Le goût de la durée, je me suis demandé comment est utilisé aujourd’hui tout un patrimoine culturel. Quelles sont les manières qu’ont privilégiées, sciemment ou non, les résidents de cette localité pour faire vivre, persister, subsister ce patrimoine. Comment s’y inscrit ce sentiment d’appartenance plus haut évoqué. J’ai cherché à y collecter des signes, vestiges d’une culture ancienne, artisane, réminiscences de passe-temps et de savoir-faire, indices laissant deviner l’institution de nouvelles habitudes ou de nouvelles activités, traces d’efforts et de résistance déployés pour préserver l’histoire. Sans chercher à documenter l’aspect des lieux, je donne à le reconnaître de manière emblématique, poétique. J’appelle à percevoir, ou à « lire », l’endroit à la lumière de ses particularités que j’ai magnifiées.

La démarche qui m’a conduit à la création du projet Le goût de la durée est circonscrite dans l’espace et le temps. Dans ce contexte spécifique, j’ai travaillé à partir du répertoire matériel que m’a offert ce lieu. J’ai agi comme une écrivaine qui s’est rendue sur les lieux où elle campera son prochain récit dans le but d’en étudier le climat et d’examiner les habitudes de leurs résidents. Comme cette écrivaine, je me suis imprégnée de ces us et coutumes, puis me suis servie de ma démarche d’observation pour produire cette histoire, la mienne étant photographique.

Judith Bellavance

 

Démarche

Ayant d’abord œuvré dans le milieu de la peinture, j’ai toujours été intéressée par les détails et la matérialité des objets. En me concentrant sur eux, j’en suis venue à la photographie que je pratique avec mon expérience de peintre. De l’empreinte d’un bas sur une cheville dénudée en passant par le débordement d’un rouge à lèvres sur une image retouchée, j’ai entrepris de collecter, de classer, d’ordonner et d’archiver tant des objets que des images. Cheveux, animaux, porcelaines et sous-bois sont quelques exemples d’objets que l’on peut relever dans cette banque que j’approvisionne, tel un répertoire du quotidien et du désir.

Collectionnant, rapprochant, associant ces objets, les photographiant et les détournant de leur fonction première, je souligne la charge mnémonique qu’ils portent. Dans mes œuvres, les objets sont vecteurs de mémoire et de sensations. Je leur assigne un rôle soit de sujets, voire de personnages, soit d’éléments symboliques pour composer et proposer des histoires photographiques. Telles des natures mortes du XVII siècle, ils y incarnent des protagonistes ou ils y suggèrent des actions tout juste survenues, qui, tous ensemble, constituent les composantes des fictions que je crée. Voilà qui m’amène, dans un second temps, à travailler sur des narrations, des enchaînements, des déroulements. Mon travail photographique relève donc de la composition, de la narration et de la suggestion : il est le résultat d’une démarche consistant à amasser, archiver puis à rapprocher pour enfin montrer et raconter tout à la fois. 

Avant de procéder à ce travail de captation et de fictionnalisation, j’oriente mes observations et mes réflexions autour de l’expérience de l’altérité, de la perte, de l’absence et du désir. Je suis fascinée par tout ce qui nous échappe : mémoire, sensations, capacité… J’ai donc complété des études en thanatologie au printemps 2019 et je pratique depuis le métier de thanatopracteure en parallèle à mon travail de création. Le laboratoire du complexe funéraire s’est fait voisin de l’atelier d’artiste. Cette proximité m’ouvre les portes de nombreux rituels à explorer et à inventer, ce qui se perçoit dans mon travail de création.

Judithbellavance.com

 

Biographie

Dans mon travail de création, j’utilise les traces laissées sur les objets et les corps pour aborder les thèmes de l’altérité, de la perte, de l’absence et du désir. Par mon souci du détail et mon travail sur le fragment, mon approche de la photographie conserve le référent et les qualités de document de ce médium. J’ai complété un baccalauréat en arts visuels à l’Université Laval à Québec. Mon travail a été appuyé par le Conseil des arts et des lettres du Québec et le Conseil des arts du Canada. Mes œuvres se retrouvent dans plusieurs collections publiques et privées.