Anne Ramsden | Le temps qu'il faut
Anne Ramsden, Le temps qu'il faut, 2014-2019, installation vidéo, 35 min 35 secs.
Du 14 mars au 20 avril 2019 | From March 14 to April 20, 2019
Vernissage le 14 mars, dès 17h30 | Opening: March 14, at 5:30pm
*An English translation will follow
Avec cette récente installation vidéo filmée dans l'Arboretum Morgan, Anne Ramsden renoue avec son intérêt de longue date pour les musées et les collections. (M. Perrault, Anne Ramsden. La collection et le quotidien, Musée régional de Rimouski, 2008) Partie prenante du campus Macdonald de l'Université McGill, situé sur la pointe ouest de l'ile de Montréal, cette réserve écologique urbaine regroupe 17 collections d'arbres et d'arbustes indigènes ou acclimatés, ainsi que différents habitats, des terres agricoles en friche ou toujours en usage, exemplaires de la région montréalaise. Dans la vidéo, Anne Ramsden nous donne à voir le site en une séquence de plans fixes mettant en scène ses collections et leurs caractéristiques respectives au fil des saisons, du printemps à l'automne. Chacun des plans tournés avec une caméra immobile fixée à un trépied, selon une prise de vue frontale et presque toujours à la même hauteur, reprend des modalités de la présentation muséale isolant les objets du quotidien en vitrine, notamment dans une muséologie traditionnelle. Par ailleurs, Anne Ramsden insiste ici plutôt sur l'ensemble du projet d'arboretum, en tant que système de valeur et de pratique discursive, que sur chacune des espèces placées devant l'objectif. Des détails des séquences, notamment des étiquettes d'identification, une arche de jardin, des bancs, ne cessent de nous rappeler l'aménagement délibéré de ce site naturel comme objet de conservation et de recherche lié au savoir, ainsi que comme lieu de contemplation, de délectation et de loisirs. À l'opposé, la bande sonore perturbe cette vision idyllique de la Nature avec divers bruits insolites témoignant de l'activité quotidienne aux abords de l'arboretum. En effet, des bruits de trompettes de train, de réacteurs d'avion ou de trafic autoroutier s'ajoutent aux bruissements des feuilles au vent, aux chants d'oiseaux et aux bourdonnements d'insectes plus habituels dans le contexte. L'installation vidéo ouvre ainsi béant l'espace sanctuarisé de l'arboretum et souligne le seuil délimitant l'espace profane de nos activités courantes d'un environnement naturel préservant une «relation originelle» avec le monde.
En cela, la proposition esthétique d'Anne Ramsden évite une louange pittoresque des beautés naturelles du site, pour questionner la philosophie et l'éthique sous-jacentes à la conception de l'Arboretum comme parc et comme réserve naturelle, témoignant d'un regard muséologique singulier. Cette représentation historique réduit d'ailleurs la Nature à un objet de contemplation ou un sujet de connaissance, au détriment de la mise en avant d'un patrimoine immatériel holistique, ancré dans une réciprocité et une dépendance mutuelles entre les espèces, végétales, animales et humaines.
-Extrait du texte de Marie Perrault
Anne Ramsden est une artiste visuelle qui vit et travaille sur l'île Gabriola, en Colombie-Britannique, territoire traditionnel et non cédé de la Première Nation Snuneymuxw. Travaillant dans les domaines de l'installation, de la sculpture, de la vidéo, de la photographie et du dessin, elle expose depuis plus de quarante ans dans des espaces publics, des galeries et des musées à l'échelle nationale et internationale.
L’artiste remercie Noémie Naud-Dubé pour sa précieuse assistance technique.
With this recent video installation filmed in the Morgan Arboretum, Anne Ramsden returns to her longstanding interest in museums and collections. (M. Perrault, Anne Ramsden. La collection et le quotidien, Musée régional de Rimouski, 2008) Part of McGill University's Macdonald Campus, located on the western tip of the island of Montreal, this urban ecological reserve brings together 17 collections of native and acclimatized trees and shrubs, as well as various habitats, fallow and still-used agricultural land, representative of the Montreal region. In the video, Anne Ramsden shows us the site in a sequence of static shots depicting its collections and their respective characteristics throughout the seasons, from spring to fall. Each of the shots, taken with a stationary camera mounted on a tripod, from a frontal angle and almost always at the same height, echoes the museum presentation style of isolating everyday objects in display cases, particularly in traditional museology. Furthermore, Anne Ramsden focuses here more on the arboretum project as a whole, as a system of values and discursive practice, than on each of the species placed in front of the camera. Details in the sequences, such as identification labels, a garden arch, and benches, constantly remind us of the deliberate design of this natural site as an object of conservation and research linked to knowledge, as well as a place for contemplation, enjoyment, and leisure. In contrast, the soundtrack disrupts this idyllic vision of Nature with various unusual noises that bear witness to the daily activity around the arboretum. Indeed, the sounds of train horns, airplane engines, and highway traffic add to the rustling of leaves in the wind, birdsong, and the buzzing of insects, which are more common in this context. The video installation thus opens up the sanctuary-like space of the arboretum and highlights the threshold separating the profane space of our everyday activities from a natural environment that preserves an “original relationship” with the world.
In this respect, Anne Ramsden's aesthetic proposal avoids a picturesque celebration of the site's natural beauty, instead questioning the philosophy and ethics underlying the design of the Arboretum as a park and nature reserve, demonstrating a unique museological perspective. This historical representation reduces Nature to an object of contemplation or a subject of knowledge, to the detriment of promoting a holistic intangible heritage, rooted in reciprocity and mutual dependence between plant, animal, and human species.
-Excerpt from the text by Marie Perrault
Anne Ramsden is a visual artist living and working on Gabriola Island, British Columbia, unceded territory of the Snuneymuxw First Nation. Working with installation, sculpture, video, photography and drawing for over forty years, she has exhibited in public spaces and in galleries and museums, nationally and internationally.
The artist would like to thank Noémie Naud-Dubé for her invaluable technical assistance.

