Martin Désilets | Matière noire / L’index
Du 14 mars au 20 avril 2019 | From March 14 to April 20, 2019
Vernissage le 14 mars 2019, dès 17h30 | Opening: March 14, at 5:30pm
The abstract photograph signifies not the given but the possible. And in an image-choked world, perhaps it signifies a necessary antidote to a growing numbness, an image-blindness.
-Lyle Rexer, The Edge of Vision: The Rise of Abstraction in Photography, New York, Aperture, 2013, p. 180
*An English translation will follow
Cette exposition regroupe des extraits des corpus Matière noire et L’index, entamés en résidence à Paris en 2017 et au Parc national du Gros Morne (T.-N.) en 2016. Ces deux projets s’inscrivent dans une temporalité longue, celle de toute une vie. Matière noire est une œuvre photographique évolutive qui superpose et englobe toutes les œuvres visuelles modernes et contemporaines dans un même fichier numérique jusqu’à l’atteinte du noir complet. Lors de ma résidence au Centre Les Récollets à Paris, j’ai ainsi photographié systématiquement chacune des œuvres présentées dans les différents musées de la ville : Orsay, d’Art moderne, de l’Orangerie, Picasso, Rodin, le Centre Pompidou, et autres. Depuis, le travail se poursuit dans d’autres villes et d’autres musées, à Montréal, Québec, New York… Pour chaque nouvelle centaine d’œuvres ajoutée, un nouvel état de Matière noire est produit ; chaque état devenant à la fois une œuvre autonome et le fragment d’un tout. Selon le protocole établi, j’estime qu’il me faudra entre 120 000 et 150 000 photographies d’œuvres pour atteindre mon objectif. Matière noire est dépositaire de l’héritage de la modernité. Il fait notamment écho aux travaux de nombreux peintres qui ont opéré une réduction de la peinture, motivés souvent par un désir fou — et utopique — de faire une œuvre qui serait la somme de toutes les œuvres, ou la dernière œuvre, le dernier tableau. L’idée de la fin convoque toutes les fins. Ultimement, Matière noire est une façon d’apprivoiser la finitude.*Dans les paysages immenses du Parc national du Gros Morne, les bases de L’index ont été jetées : un projet en théorie sans fin, et une quête absurde dans son inévitable inachèvement, qui consiste à capturer tout le spectre des couleurs du visible. Les moyens utilisés pour isoler la couleur-lumière sont multiples : l’emploi d’un boitier sans lentille, de longs temps d’exposition, la mise hors foyer, le déploiement d’écrans, de réflecteurs ou de diffuseurs. À l’impression, l’indétermination du geste photographique se prolonge, alors que j’impose à l’imprimante une mise à l’arrêt forcée. Une part de l’information contenue dans les fichiers numériques demeure ainsi inexploitée, là où les couleurs se fondent dans le vide et la blancheur du papier. Chaque parcelle de L’index incarne ce faisant l’incomplétude de l’ensemble.Généralement considéré comme une forme d’indexation du réel, l’acte photographique s’épuise ici dans un geste répété quasi à l’infini (Matière noire) ou la mise en échec du dispositif photographique (L’index). De cette démarche résultent une indifférenciation radicale et une invisibilité de ce qui a pourtant été photographié. On pourrait y voir une analogie avec le numérique, qui encode, archive et engouffre tout du réel. Paradoxalement, ces images sans image offrent bel et bien quelque chose à voir.
Martin Désilets approfondit les fondamentaux de la photographie et en explore les mésusages. Dans le contexte de la surabondance et de la dématérialisation de l’image, il s’intéresse à des phénomènes ténus, liés au rayonnement et à la matérialité de la lumière, de même qu’aux effets d’un encodage totalisant du réel par le numérique. Il réalise de multiples prises de vues, qui supposent le détournement ou la mise en échec de certains paramètres techniques, ou qui se superposent jusqu’à l’épuisement d’un motif photographié, voire de l’acte photographique lui-même. Il est titulaire d’une maîtrise en arts plastiques de l’Université du Québec à Montréal. Ses œuvres ont fait l’objet de plusieurs expositions, notamment à Montréal (Musée d’art contemporain de Montréal, B-312, Circa, Occurrence et Optica), Laval (Maison des arts), Toronto (G44 Gallery), Oakville (Oakville Galleries), Paris (Geste Paris), Berlin (The Institut für Alles Mögliche) et Beyrouth (Espace SD). Certaines résidences ont été particulièrement marquantes pour l’artiste : à Paris en 2017, au Parc national du Gros Morne à Terre-Neuve en 2016 (avec The Room’s, St-John’s, T.-N.) et à Berlin en 2015. Plusieurs de ses œuvres se trouvent dans différentes collections privées et publiques, dont la collection permanente du Musée national des beaux-arts du Québec et celle du Musée d’art contemporain de Montréal. À l’automne 2019, il sera en résidence à la NARS Foundation à New York.
L’artiste remercie le Conseil des arts du Canada, le Conseil des arts et des lettres du Québec, le Conseil des arts de Longueuil, la Mairie de Paris, le Centre Sagamie, l’Atelier Michel Séguin, les musées d’Orsay et de l’Orangerie.
This exhibition brings together excerpts from the Matière noire and L’index collections, begun during residencies in Paris in 2017 and Gros Morne National Park (N.L.) in 2016. These two projects are part of a long-term project spanning an entire lifetime. Matière noire is an evolving photographic work that superimposes and encompasses all modern and contemporary visual works in a single digital file until complete blackness is achieved. During my residency at the Centre Les Récollets in Paris, I systematically photographed each of the works presented in the city's various museums: Orsay, Modern Art, Orangerie, Picasso, Rodin, Centre Pompidou, and others. Since then, the work has continued in other cities and museums, in Montreal, Quebec City, New York, and elsewhere. For every hundred new works added, a new state of Dark Matter is produced; each state becoming both an autonomous work and a fragment of a whole. According to the established protocol, I estimate that I will need between 120,000 and 150,000 photographs of works to achieve my goal. Matière Noire is the repository of the legacy of modernity. It echoes the work of many painters who have reduced painting, often motivated by a crazy—and utopian—desire to create a work that would be the sum of all works, or the last work, the last painting. The idea of the end conjures up all ends. Ultimately, Matière Noire is a way of coming to terms with finitude.*In the vast landscapes of Gros Morne National Park, the foundations were laid for The Index: a theoretically endless project and an absurd quest in its inevitable incompleteness, which consists of capturing the entire spectrum of visible colors. The means used to isolate color-light are manifold: the use of a lensless camera, long exposure times, defocusing, the deployment of screens, reflectors, or diffusers. When printing, the indeterminacy of the photographic gesture is prolonged, as I force the printer to stop. Some of the information contained in the digital files thus remains unexploited, where colors blend into the emptiness and whiteness of the paper. Each fragment of L'index thus embodies the incompleteness of the whole. Generally considered a form of indexing reality, the photographic act is exhausted here in a gesture repeated almost ad infinitum (Matière noire) or in the defeat of the photographic device (L'index). The result of this approach is a radical lack of differentiation and invisibility of what has nevertheless been photographed. One could see an analogy with digital technology, which encodes, archives, and engulfs everything in reality. Paradoxically, these images without images do indeed offer something to see.
Martin Désilets delves into the fundamentals of photography and explores its misuses. In the context of image overload and dematerialization, he is interested in subtle phenomena related to the radiation and materiality of light, as well as the effects of the total encoding of reality by digital technology. He takes multiple shots, which involve the diversion or defeat of certain technical parameters, or which overlap until the photographed motif, or even the photographic act itself, is exhausted. He holds a master's degree in visual arts from the Université du Québec à Montréal. His works have been exhibited in Montreal (Musée d'art contemporain de Montréal, B-312, Circa, Occurrence, and Optica), Laval (Maison des arts), Toronto (G44 Gallery), Oakville (Oakville Galleries), Paris (Geste Paris), Berlin (The Institut für Alles Mögliche), and Beirut (Espace SD). Certain residencies have been particularly memorable for the artist: in Paris in 2017, at Gros Morne National Park in Newfoundland in 2016 (with The Room’s, St. John’s, NL), and in Berlin in 2015. Several of his works are in various private and public collections, including the permanent collection of the Musée national des beaux-arts du Québec and the Musée d’art contemporain de Montréal. In the fall of 2019, he will be in residence at the NARS Foundation in New York.
The artist would like to thank the Canada Council for the Arts, the Conseil des arts et des lettres du Québec, the Conseil des arts de Longueuil, the Paris City Council, the Centre Sagamie, the Atelier Michel Séguin, and the Musée d'Orsay and Musée de l'Orangerie.
Dans les médias | In the news
Sylvain Campeau, "Martin Désilets, Matière Noire / L'index," Ciel variable, 3 avril 2019.
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