Véronique Chagnon Côté et Chloë Charce | S’Étreindre | 08.09-22.10.2022
Crédit photo : Alignements
Du 8 septembre au 22 octobre 2022 | From September 8 to October 22, 2022
Vernissage le 8 septembre à 17 h | Opening: September 8 at 5pm
*An english translation will follow
Étreindre leurs pratiques respectives en une architecture collaborative, sorte d’œuvre d’art totale, c’est ce que propose le duo d’amies-artistes Véronique Chagnon Côté et Chloë Charce pour leur plus récente exposition présentée à Occurrence. Par une synchronie créative, elles façonnent leur union sensible pour en faire une installation significative et, de surcroît, singulière.
Entre elles, les consœurs jumellent peinture et sculpture en un interstice bi-tridimensionnel d’une imposante fragilité. Les techniques se reflètent dans le miroir de l’altruisme. Dans cet espace spéculaire de leur relation amicale, les évocations à la bienveillance du prendre soin de l’une de l’autre à travers un processus de création étalé dans la durée sont multiples : se rassembler à des intervalles répétés, durant plus d’une année, dans les ruelles de Montréal ou à l’atelier afin de créer ensemble. Elles échafaudent ainsi, au jour le jour, des intimités autres : celles d’une amitié et d’une ville. Surface de réminiscences : espaces étreints.
Ces derniers mois, Véronique Chagnon Côté et Chloë Charce ont arpenté la métropole lors de déambulations quotidiennes pour dégager ensemble certaines composantes architecturales et patrimoniales du quartier Mile-End en des affects: diverses réminiscences matérielles et traces formelles, des récits bâtis autour d’une narration d’observations communes. Pendant ces collectes régulières, elles s’attardaient à des bribes d’espaces liminaux issus de façades de bâtis patrimoniaux, des constructions victoriennes principalement, pour prélever leurs valeurs intrinsèques au moyen de photographies instantanées (qu’elles (ré)utiliseront dans l’atelier comme influences). Il s’agit d’éléments architecturaux construits d’après la logique d’ouverture et de fermeture : fenêtres, volets, arches, clôtures, layons et portes. Ces objets agissent tels des portails entre des espaces interdépendants : l’intérieur à l’extérieur et l’interne à l’externe. Les artistes s’inspirent ostensiblement de la pluralité des motifs décoratifs afin d’en faire leurs propres adaptations par des explorations tant picturales que sculpturales : les représenter autrement dans l’installation en des fioritures schématisées, ou, à l’inverse, détaillées. Comme des ombres portées, les envers des formes apparaissent entraperçus en arrière-plan, ou au contraire s’imposent au premier plan, entre la superposition et la juxtaposition de vestiges ornementaux aux détails improbables.
Une immense structure circulaire s’insérant dans la quasi-intégralité de la galerie cubique d’Occurrence devient la surface d’exposition. Les délimitations entre l’œuvre et l’espace sont presque inexistantes. L’état du lieu est confondu. Cette porosité des limites entre l’art et l’architecture est notamment soulevée par Sylvia Lavin dans son essai Kissing Architecture (2011). L’autrice propose l’analogie du baiser s’immisçant dans l’interstice de ces deux disciplines (comme la peinture et la sculpture qui s’entrelacent) en tant que métaphore de leur attraction mutuelle. Le geste intime d’étreindre représente pour le duo la charge symbolique issue du rapprochement de deux surfaces qui s’adoucissent, se fléchissent et s’embrassent au contact de l’autre. II en résulte des singularités provisoires, une union de confluence parmi laquelle la séparation est inconcevable — et néanmoins inévitable.
L’exposition majestueuse incite à porter une attention particulière à ce qui nous entoure ; à voir différemment les fines configurations de nos relations et les subtiles structurations de nos milieux citadins. Évasion spontanée dans une broderie de fleurons façonnés, Étreindre se révèle telle une délicate volupté visuelle qui crée une symbiose entre les gestes de vie de deux artistes sensibles.
- Jean-Michel Quirion
Véronique Chagnon Côté est une artiste montréalaise diplômée de la maîtrise en beaux-arts de l’Université Concordia (2016). Son travail se concentre sur l’exploration de la phénoménologie de notre perception de l’espace en peinture. Ses œuvres ont fait l’objet de plusieurs expositions individuelles, notamment Petites pièces à la galerie FOFA (Montréal), Vous êtes ici au centre d’artiste CIRCA art actuel (Montréal), Méandre à la galerie Zalucky Contemporary (Toronto) et Espaces incertains à la galerie B-312 (Montréal). Certaines œuvres ont étés présentée dans le cadre d’expositions de groupe comme 3D et OG KUSH avec Alfa Gallery (Miami, E-U.), le Velvet Ropes Project (Copenhague, Danemark), Le jardins des spéculations au centre Articule (Montréal) et Ignition 9 à la galerie Leonard et Bina Ellen (Montréal). Elle fut récipiendaire de la bourse Dale and Nick Tedeschi Studio Arts Fellowship (2014-2015) ainsi qu’une bourse de la fondation Elizabeth Greenshields (2020). Son travail se trouve dans de nombreuses collections privées et publiques, y compris la collection Prêts d’œuvres d’art du musée des beaux-arts de Québec.
Née en France, Chloë Charce vit et travaille dans les Laurentides et à Montréal. Elle est enseignante en arts visuels au Collège Lionel-Groulx et titulaire d’une maîtrise en studio arts à l’Université Concordia (concentration sculpture). Elle a obtenu plusieurs prix et bourses et participé à différents événements, résidences et expositions, entre autres au Canada et en Argentine. En 2024, elle est lauréate pour la réalisation d’une œuvre d’art public pour la ville de Sainte-Thérèse. En 2023 et 2024, elle réalise deux œuvres extérieures dans le cadre de concours d’intégration des arts à l’architecture (Blainville et Granby). En 2022, elle a aussi l’occasion d’avoir une exposition solo à Circa art actuel, ainsi qu’une exposition duo à Occurrence Centre d’art et d’essai contemporains (Montréal). En 2021, elle est invitée à un séjour en résidence de création à l’Atelier Silex (Trois-Rivières).
Embracing their respective practices in a collaborative architecture, a kind of total work of art, is what the duo of artist friends Véronique Chagnon Côté and Chloë Charce propose for their latest exhibition presented at Occurrence. Through creative synchronicity, they shape their sensitive union into a meaningful and, moreover, unique installation.
Between them, the sisters combine painting and sculpture in a two- and three-dimensional interstice of imposing fragility. Their techniques are reflected in the mirror of altruism. In this specular space of their friendship, there are multiple evocations of the kindness of caring for one another through a creative process spread out over time: gathering at regular intervals, over the course of more than a year, in the alleys of Montreal or in the studio to create together. In this way, day by day, they build other kinds of intimacy: those of friendship and of a city. A surface of reminiscences: embraced spaces.
In recent months, Véronique Chagnon Côté and Chloë Charce have been exploring the city on daily walks to identify certain architectural and heritage features of the Mile End neighborhood in terms of their emotional impact: various material reminiscences and formal traces, stories built around a narrative of shared observations. During these regular collections, they lingered on fragments of liminal spaces derived from the facades of heritage buildings, mainly Victorian constructions, to capture their intrinsic values through snapshots (which they will (re)use in the workshop as influences). These are architectural elements constructed according to the logic of opening and closing: windows, shutters, arches, fences, paths, and doors. These objects act as portals between interdependent spaces: the interior to the exterior and the internal to the external. The artists draw inspiration from the plurality of decorative motifs in order to adapt them through both pictorial and sculptural explorations: representing them differently in the installation as simplified or, conversely, detailed flourishes. Like cast shadows, the reverse sides of the forms appear glimpsed in the background, or, on the contrary, impose themselves in the foreground, between the superimposition and juxtaposition of ornamental remains with improbable details.
A huge circular structure that fits into almost the entire cubic gallery of Occurrence becomes the exhibition space. The boundaries between the artwork and the space are almost non-existent. The state of the place is confused. This porosity of the boundaries between art and architecture is notably raised by Sylvia Lavin in her essay Kissing Architecture (2011). The author proposes the analogy of a kiss intruding into the interstice between these two disciplines (like painting and sculpture intertwining) as a metaphor for their mutual attraction. For the duo, the intimate gesture of embracing represents the symbolic charge that arises from the coming together of two surfaces that soften, bend, and kiss upon contact with each other. The result is temporary singularities, a union of confluence in which separation is inconceivable—and yet inevitable.
The majestic exhibition encourages us to pay close attention to our surroundings, to see the delicate configurations of our relationships and the subtle structures of our urban environments in a different light. A spontaneous escape into an embroidery of crafted fleurons, Étreindre reveals itself as a delicate visual delight that creates a symbiosis between the gestures of life of two sensitive artists.
-Jean-Michel Quirion
Véronique Chagnon Côté is a Montreal-based artist who holds a Master of Fine Arts degree from Concordia University (2016). Her work focuses on exploring the phenomenology of our perception of space in painting. Her works have been featured in several solo exhibitions, including Petites pièces at the FOFA Gallery (Montreal), Vous êtes ici at the CIRCA art actuel artist center (Montreal), Méandre at the Zalucky Contemporary Gallery (Toronto), and Espaces incertains at the B-312 Gallery (Montreal). Some of her works have been presented in group exhibitions such as 3D and OG KUSH at Alfa Gallery (Miami, USA), the Velvet Ropes Project (Copenhagen, Denmark), Le jardins des spéculations at the Articule center (Montreal), and Ignition 9 at the Leonard and Bina Ellen Gallery (Montreal). She was awarded the Dale and Nick Tedeschi Studio Arts Fellowship (2014-2015) and a grant from the Elizabeth Greenshields Foundation (2020). Her work can be found in numerous private and public collections, including the Musée des beaux-arts de Québec's art loan collection.
Born in France, Chloë Charce lives and works in the Laurentides and in Montreal. She teaches visual arts at Collège Lionel-Groulx and holds a master's degree in studio arts from Concordia University (concentration in sculpture). She has won several awards and scholarships and participated in various events, residencies, and exhibitions in Canada and Argentina, among other places. In 2024, she was selected to create a public artwork for the city of Sainte-Thérèse. In 2023 and 2024, she created two outdoor works as part of competitions to integrate art into architecture (Blainville and Granby). In 2022, she also had the opportunity to hold a solo exhibition at Circa art actuel, as well as a duo exhibition at Occurrence Centre d'art et d'essai contemporains (Montreal). In 2021, she was invited to a creative residency at Atelier Silex (Trois-Rivières).

